Renaître de ses cendres


Dans la mythologie grecque, le phénix est caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé dans les flammes.


Ici et ailleurs, je vois passer régulièrement des articles, des témoignages sur le Burn-Out.

Je m'arrête quasi-systématiquement sur ce mot, ou ses équivalents : épuisement, effondrement... parce que j'y suis particulièrement sensible.


Je lis les articles, j'approuve, je nuance ou m'agace parfois des clichés véhiculés, des raccourcis, des généralisations ou d'une certaine banalisation.


Alors aujourd'hui, je choisis à mon tour de partager mon témoignage, mon expérience et mes réflexions.


Pourquoi ?


> D'abord pour moi. Oui, j'ai appris à penser à moi ! Et c'est salvateur après un Burn-Out.

> Pour (tenter de) me débarrasser de ce sentiment de honte, voire de culpabilité face à ce que j'ai vécu. Pour libérer quelque chose... peut-être ce phénix ?

> Pour informer, raconter, partager... parce que la valeur du témoignage est précieuse, et que chacun.e peut y trouver du réconfort, de l'espoir, une ouverture, une compréhension de soi et/ou de l'autre.


Le Burn-out est LA PIRE ET LA MEILLEURE expérience que j'ai vécue...


Il y a bientôt 5 ans.

Dans les premières semaines après le JOUR 1 (où je ne pouvais plus m'arrêter de pleurer), cela a été d'abord une sorte de no man's land émotionnel : pas de joie, ni de colère, pas de tristesse ni de peur... surtout une incapacité à ressentir quoi que ce soit, à penser, à comprendre, à faire.


Comme si mon cerveau était sur OFF (j'en avais souvent rêvée avant, mais je vous assure que ce n'est pas souhaitable en fait !).


D'ailleurs dans les premiers mois, je n'ai pas cherché à comprendre ce qui m'arrivait ... parce que j'en étais littéralement incapable.


Je n'ai jamais autant vécu au jour le jour. Sans projet, sans envie, sans vie.


Heureusement; les traitements médicamenteux m'ont permis de ne pas sombrer davantage, même si ils m'ont rendu un peu "zombie"...

Au bout de quelques semaines, avec du repos et l'action des antidépresseurs et anxiolytiques, l'énergie est revenue un peu en moi. Alors, pour mon médecin, il était crucial de reprendre le travail ("parce que plus l'arrêt est long, plus il est difficile de reprendre").


Alors j'y suis retournée.

Parce que la vie c'est le travail, non ? Parce qu'un petit coup de fatigue ça peut arriver, mais bon, on va pas s'écouter tout le temps quand même... et puis, comment ils font les autres ? C'est dur pour tout le monde !


Et puis, déjà que je suis privilégiée (ben oui j'étais prof à l'époque... 18h de cours, 17 semaines de vacances : la belle vie quoi !), alors un petit effort, quoi ! "allez.. ça va passer.."


Mais ce n'est pas passé. Pas passé du tout.

J'ai vécu pendant trois ans l'une des périodes les plus difficiles de ma vie, à l'aube de mes 40 ans.


" Je prends trop les choses à cœur " - " Je suis idéaliste " - " Je ne sais pas prendre de recul " - " Je ne prends pas assez soin de moi " - " Je suis trop exigeante " - " Je ne porte pas le bon regard sur mon travail, ma vie...", " Je suis trop stressée ", etc...


Voilà ce que j'ai ressenti (quand j'ai été à nouveau en capacité de ressentir) dans mes échanges avec mon entourage (perso, pro, médical...)

Cela peut partir d'un bon sentiment (ou pas..), mais le résultat est sans appel, et tombe à nouveau comme un couperet, et surtout un jugement, voire une condamnation (oui le mot est fort, je vous ai dis que je prenais trop les choses à cœur...)


"Je ne comprends rien à ce qui m'arrive " + " ça vient de moi" + "Je ne suis pas normale" + "Je ne contrôle rien" + "Je ne sais pas quoi faire" + "Je me sens si seule et incomprise"... Bref, le chaos.


C'est cela que je définis comme l'expérience la pire que j'ai vécue.


Rem : l'image du phénix est d'autant plus intéressante que le Burn-Out est parfois associée à un incendie, une combustion de toutes ses forces vitales.


Et c'est aussi ce qui m'est arrivée de mieux.


Oui !

La nature humaine est d'une grande richesse.

Une partie de notre cerveau a pour mission de nous maintenir en vie, et de faire face à tous les dangers qui menacent notre sécurité (c'est notre cerveau primaire, dit "reptilien").


Je considère que le Burn-Out est une réponse à une mise en danger.


D'ailleurs, ce n'est pas moi qui le dit, c'est la science... D'un point de vue physiologique, le burn-out correspond à un excès de cortisol (familièrement désignée comme l'hormone du stress) devenu envahissant et ingérable. Le cerveau se bloque, ou débloque. Il n'y a plus aucune régulation émotionnelle.

De cette manière, nous nous "arrêtons" (contraints et forcés), pour ne plus subir la situation en question.


Certes, cette réponse n'est pas la plus agréable, la plus simple et la plus rapide pour se sortir d'une situation inconfortable...

Mais notre cerveau fait avec ce qu'il a, avec ce qu'il est.


Et si je considère aujourd'hui cette période comme positive, c'est parce qu'elle m'a permis de :


> m'interroger sur mes besoins, mes valeurs, mon identité

> identifier mes besoins, mes valeurs, mon identité

> accepter ce qui ne peut être changé

> agir, pas à pas, sur ce que je peux changer, pour venir nourrir ces besoins fondamentaux,

vivre selon mes valeurs, mon identité

> découvrir, comprendre, réguler mes émotions

> me comprendre

> mieux me connaître

> agir par moi-même et pour moi-même, ne plus subir

> re-naître


Autrement dit, mon Burn-Out m'a permis de devenir moi-même.


Alors, à toute personne qui lit ceci :


Si vous-même vivez, avez vécu, ou commencez à vivre un Burn-Out,

Si vous connaissez quelqu'un dans cette situation,


! Faites preuve d'empathie, d'écoute, de soutien, et sans jugement.

! Ne restez/le laissez pas seul.e. L'environnement (personnel, professionnel, thérapeutique ou autre) est déterminant.


Si aujourd'hui, je suis en train de témoigner de ce parcours, c'est aussi grâce à quelques rencontres déterminantes, à des moments où j'étais prête à les vivre.


L'homme est un animal social, ce qui signifie que nous avons besoin les uns des autres, y compris pour être nous-mêmes.


Je ne crois plus au hasard. Je crois en l'être humain.

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